Le jour

Posted on 2 octobre 2011

Sur une proposition de Jean-Philippe Halgand,
Avec les participations de Julie Chaffort, Charlie Devier, Simon Rayssac, Vincent Schnepf et invités

Où ? Rue Camille Sauvageau
Quand ? Le 6 octobre à 15h
Le 15 octobre à 18h45

Oiseaux chanteurs
Les passereaux sont le plus grand ordre de la classe des oiseaux, ce sont aussi les seuls à chanter, à apprendre les chants de leurs congénères.
Au lever du jour, ils tiennent conférence. Pendant 15 minutes. Les chants sont souvent courts et répétitifs tels des mots d’ordre ou des mots de passe. Parfois, interminables mais toujours indécodables.
L’autre jour, un oiseau a fait « tweet tweet » sur mon passage. Ce n’était pas une publicité pour Twitter, le service internet de microblogging si populaire lors des révolutions arabes.

Chansons intimes et populaires, singularités communes
Les chansons m’ont toujours intrigué, tant par la variété de leurs formes, historiques et contemporaines, que par ce mystère qui les fait entrer en résonance avec un public.
Que des productions artistiques issues d’une culture de masse puissent tisser, par-delà leurs genres et les générations, des réseaux d’affects collectifs tout en s’inscrivant au plus profond de nos intimités, m’a toujours posé question. En particulier, lorsque sans raison apparente, j’en viens à fredonner un air, à répéter des mots qui ne sont pas les miens, mais pas trop fort, de peur qu’ils ne s’envolent.
À voix haute, ou chuchotées, les chansons participent de cette ventriloquie particulière qui libère l’expression de soi, où les paroles d’un(e) autre deviennent les miennes, où une chanson devient ma chanson.
Mais c’est peut-être aussi lorsqu’elle requiert de l’autre, un effort d’écoute et d’attention, une proximité physique, qu’une chanson prend toute sa dimension.
Qui n’a pas fredonné une chanson écrite dans une langue autre que la sienne, sans même en comprendre le sens ? Qui n’a pas fredonné une chanson sans être capable d’en répéter tous les paroles ? Qui n’a pas fredonné une chanson pour se donner du cœur à l’ouvrage, pour se souvenir de moments partagés et de leurs ballets d’émotions, pour mettre en mots sa joie, sa colère, son dépit amoureux ? Et qui n’a pas dressé l’oreille au son d’un air familier ou tout simplement inoui ?

Posons que ces airs dans la tête, dès lorsqu’ils se mettent en voix, tutoient ce qui serait une forme politique et subjective de prise de parole, irréductible aux slogans et mots d’ordre.
Posons qu’il s’agit là de produire un espace public en convoquant des ritournelles.
Posons cet espace comme un espace politique toujours à venir.
À la différence, de l’aube, du « grand soir » ou du « lendemain qui chante », Le jour est un rendez-vous avec soi, avec un maintenant, un présent qui ne dit pas son nom.

Le jour n’est donc pas un spectacle, ni une performance au sens où il s’y donnerait un rendez-vous programmé avec un public pour une durée donnée.
Il s’agit plutôt de ce que j’appelerais une forme collective de disruption urbaine, un mode diffus d’apparition qui se manifeste à travers l’occupation temporaire, inattendue, immobile et « fredonnée » d’espaces publics lors de laquelle des personnes interprètent la chanson de leur choix selon un protocole aussi simple que précis (volume sonore, séquençage des chansons). La fin du jour est déterminée par le délitement graduel de cette occupation.

Jean-Philippe Halgand est artiste et enseignant à l’EBABX.
Julie Chaffort, Charlie Devier, Simon Rayssac, Vincent Schnepf sont artistes, diplômés de l’EBABX.

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