Miroirs d'eau, simulation préparatoire (Amélie Boileux, 2011)

Miroirs d’eau

Posted on 22 septembre 2011

Installation d’Amélie Boileux

Où ? Sous les échafaudages ou à proximité, rue Camille Sauvageau

L’action de revalorisation d’une ville et de ses quartiers induit l’injection de formes nouvelles, avant tout d’ordre culturel et artistique. L’artiste est à même de générer les dynamiques indispensables à ce renouveau ; de par une approche sensible et décryptive du monde, il est considéré comme un initiateur.

Aussi la question du champ d’action de l’artiste devient cruciale dès lors qu’il inscrit son travail dans un programme dit de « commande ». Il lui est préjudiciable de proposer un objet de réflexion sans prendre en compte les enjeux d’un rendez-vous artistique programmé. Si l’œuvre est à considérer comme le reflet à la fois de la perception et de l’environnement de l’artiste, elle se doit également d’entrer en résonance avec son contexte d’intervention, sous peine de vacuité.

Porte-parole de l’objet culturel, l’artiste est censé initier une dynamique de transformation, et ouvrir la brèche aux implantations futures qui tourneront la ville et ses quartiers vers des ambitions en conformité avec notre époque. Il devient le déclencheur d’événements sur lesquels on ne lui propose qu’un droit de regard relatif ; il n’est, dans ces conditions, qu’un acteur aveugle qui interprète son rôle sans connaître les tenants et aboutissants du contexte socio-politique dans lequel il intervient.

L’artiste doit prendre en compte l’ambivalence de cette posture, (à la fois un représentant et un créateur) pour ne pas tomber dans le piège de l’instrumentalisation. Sa liberté de création, son indépendance et sa légitimité sont mises en porte-à-faux, et sa prise de position ne sera que plus incisive s’il a conscience de la tâche qui lui est attribuée.

Les miroirs d’eau interrogent la relation entre organisation d’événement culturel et promotion immobilière. Au-delà du caractère événementiel de la manifestation, il n’en demeure pas moins une volonté de pérenniser les énergies déployées. On oscille dès lors entre une communication de l’ordre du marketing publicitaire et un réel engagement en faveur des artistes et des créateurs.

Les Miroirs d’eau ne sont pas une œuvre, mais 8 œuvres, qui démultiplient le pouvoir contemplatif de leur homologue Place de la Bourse. Ils ne sont pas présents dans le seul but d’être contemplés, ils mettent en exergue l’architecture de la rue Camille Sauvageau, pour lui offrir un rayonnement inexploré, et changer sensiblement l’interprétation première que l’on peut porter sur cette rue, lieu de passage plus que de rassemblement.

Placés sous les façades de la rue, ces Miroirs d’eau questionnent le rapport art/architecture plus qu’ils n’illustrent de manière anecdotique un patrimoine faisant autorité. La similitude de leur forme n’ôte en rien la capacité de ces pièces à s’auto-gérer, à signifier individuellement, mais ensemble elles incarnent le postulat de la dissémination. Elles répondent d’une seule voix à l’étalement urbain, et se posent comme des aiguilleurs de regard. Les Miroirs d’eau opèrent un décalage de fonctionnalité : si l’agrandissement peut conférer à l’œuvre d’art un caractère monstrueux, sa réduction entraîne une autre posture, celle de minimiser l’impact sur son « autour », et de maximiser son potentiel de sublimation, tout en gardant un recul sur sa propre représentation. Ce principe de réenchantement par l’art est la volonté principale des Miroirs d’eau, qui sont à considérer comme les objets d’une re-création du sensible, trop souvent laissé pour compte.

Amélie Boileux est designer, diplômée de l’EBABX.

Be the first to leave a comment

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *